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« — Eli Mironenko manipule enduits et pigments naturels, convoquant le hasard et le recommencement,jusqu’au seuil de la destruction. Ainsi, elle confère à l’image une matérialité, souvent objet d’une tension entre effacement du motif et révélation des sous-couches. Par ces gestes, elle imite le passage du temps — ou peut- être l’accélère — tandis que le motif se trouve pris au piège du support, figé dans l’éternité. Dans ses œuvres, elle explore des récits sacrés ou intimes, vécus ou fantasmés, parfois entremêlés, hors du temps, et laissant au regardeur la sensation d’un espace suspendu entre mémoire et perception. »
Léa Nedwed, curatrice, Paris, 2026
« — L’exposition met en dialogue le travail de Eli Mironenko, une grande artiste émergente et celui d’Arnulf Rainer, figure majeure de la peinture européenne contemporaine. Une exploration du geste, de la matière, de ce moment fragile où créer et détruire se confondent.
À travers Éternelle Insatisfaction, les corps apparaissent troublés, pris dans un mélange aussi beau que dérangeant entre sensualité, violence et sacré.Eli Mironenko propose également une représentation du corps transformée, mais travaillée avec une certaine douceur, tout en maintenant une tension visuelle. Avec Sainte Anastasia, elle réalise un autoportrait entre icône et transgression. Cette huile sur bois reprend les codes de l’iconographie orthodoxe tout en les détournant : elle s’y représente nue. L’œuvre met en tension tradition religieuse et incarnation personnelle. La nudité introduit une rupture avec à la fois l’interdit iconique et la dimension spirituelle. Eli Mironenko ne cherche pas à détruire l’image religieuse mais à la réincarner.
Cette dynamique de révélation se manifeste particulièrement à travers la technique du stuc, mise en valeur dans l’œuvre A tide in Pompeii d’Eli Mironenko. Réalisée à partir de chaux, de pigments et de poudre de marbre, cette œuvre présente à la fois une surface solide, comme si elle traversait le temps, une véritable dimension intemporelle. Dans sa dernière couche, l’œuvre est cirée et invite presque au toucher.
La technique du stuc joue justement un rôle essentiel dans cet effet. En endommageant, en ponçant la matière sans connaître à l’avance le résultat final, Eli Mironenko donne l’impression que ses œuvres ont fait un véritable voyage à travers le temps. L’image apparaît comme enfouie puis révélée, à la manière d’un vestige archéologique. Ce processus implique tout de même un lâcher prise particulier puisqu’il s’agit de détruire l’œuvre sans pouvoir prédire le résultat. Mais c’est précisément dans l’incertitude que réside la force du travail.
Ce qui est particulièrement fascinant est l’acceptation du risque : en intervenant sur la matière, en ponçant le stuc, l’artiste accepte la possibilité de détruire son propre travail. Le hasard, quelque part, fait partie intégrante du processus créatif. Dans cette perspective, l’œuvre n’est jamais sacralisée. Elle reste un objet en transformation, également soumis à l’imperfection, à l’altération et même à la perte. Rien ne vient véritablement marquer un achèvement définitif : une part inachevée continue de subsister.Ainsi dans cette exposition, l’œuvre n’apparaît jamais réellement comme une image achevée, mais comme une tension permanente entre apparition et disparition. Ce n’est donc pas l’œuvre qui semble éternelle mais la recherche elle-même. »
Suzanne Assous-Boulanger, journaliste, Paris, 2026
Article complet sur ItArtBag
« — A l’instar des arbres majestueux, les racines de l’artiste Elisabeth Mironenko plongent très profondément dans un sol rendu fertile par le mélange et le métissage. Des fastueuses iconostases surchargées par la richesse de l’iconographie orthodoxe à la sobriété des pages noircies par l’étude de la Torah, la plurivocité de son héritage esthétique nourrit une Œuvre ambitieuse à la croisée des chemins.
Vestige d’un monde éternellement sur le point de disparaître, ses tableaux mais également ses dessins et ses carnets, s’adressant à l’œil autant qu’à l’esprit, constituent le reflet fidèle d’une personnalité éclectique à la puissance imaginante sans limite.
L’artiste nous invite à pénétrer dans son univers où l’Histoire et la mémoire, continuellement réactivées par la citation et les influences qui s’y imbriquent joyeusement, s’imposent comme de véritables sujets.»
Romain Arazm, auteur-curateur, Paris, 2019
« — Elisabeth était du monde — elle en venait des quatre coins, et de bien d’autres encore, plus mystérieux, plus profonds, plus secrets, plus enfouis, refaisant malgré tout surface après de longues années d’oubli, par-delà les générations, les dissimulations et les apostasies : atavisme immémorial et indéracinable d’un peuple pour son pays. Néanmoins, quatre grandes régions semblaient se détacher avec plus de netteté au-dessus du paysage de son existence, flottant au-dessus d’elle comme autant de fantômes lumineux d’un passé qu’elle espérait saisir. En elle, les mers chaudes de Méditerranée semblaient se joindre et se confondre aux lacs glaciaux de Sibérie, et le sang des Cosaques se mêler à la pourpre des soleils tardifs d’Europe et d’Hespérie. Tenait-elle plus des steppes et des plaines de l’Asie ? ou de terres ancestrales éparpillées en cent pays ? Demeurait-elle une citoyenne de la Grande Russie ? ou descendait-elle des monts qui ferment le pays de Judée et Samarie ? Nul n’aurait su le dire, pas même elle-même, sinon elle-même, car elle était du monde — l’ineffable patrie. »
Gilles Wauthoz, écrivain-poète-philosophe, Bruxelles 2019




«Elisabeth était du monde — elle en venait des quatre coins, et de bien d’autres encore, plus mystérieux, plus profonds, plus secrets, plus enfouis, refaisant malgré tout surface après de longues années d’oubli, par-delà les générations, les dissimulations et les apostasies : atavisme immémorial et indéracinable d’un peuple pour son pays. Néanmoins, quatre grandes régions semblaient se détacher avec plus de netteté au-dessus du paysage de son existence, flottant au-dessus d’elle comme autant de fantômes lumineux d’un passé qu’elle espérait saisir. En elle, les mers chaudes de Méditerranée semblaient se joindre et se confondre aux lacs glaciaux de Sibérie, et le sang des Cosaques se mêler à la pourpre des soleils tardifs d’Europe et d’Hespérie. Tenait-elle plus des steppes et des plaines de l’Asie ? ou de terres ancestrales éparpillées en cent pays ? Demeurait-elle une citoyenne de la Grande Russie ? ou descendait-elle des monts qui ferment le pays de Judée et Samarie ? Nul n’aurait su le dire, pas même elle-même, sinon elle-même, car elle était du monde — l’ineffable patrie. »
Gilles Wauthoz, écrivain-poète-philosophe, Bruxelles 2019

